Vous pouvez jouer, mais pas trop !
23 juil 2008 • Catégorie: Le blog •
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Le paradigme dominant actuel en psychiatrie est le suivant: excès de quelque chose par rapport à une norme imaginaire = abus et dépendance = défaut de contrôle de soi. C’est une sorte de dogme. Si vous n’êtes pas d’accord avec ce syllogisme, vous avez tords.
Et voilà que les jeux font l’objet d’un rapport d’expertise de l’INSERM. A son tour, dirions-nous, après les troubles de conduite chez l’enfant et le suicide, il était étonnant que le jeu n’y soit pas encore passé. Un rapport qui fera forcément autorité, pensez-donc, il est “collectif” donc incontestable. Même si ce rapport range le loto et internet dans un sac commun. Même si ce rapport n’est pas une étude scientifique mais une lecture orientée des travaux des autres (travaux anglo-saxons pour la plupart). Même si, finalement, les “experts” n’ont aucune idée de l’étendue de ce qu’ils appèlent “le jeu pathologique” en France. Même si à nouveau, ce rapport déplace une question “sociale” (”pauvreté, surendettement, problème familiaux, divorce, délits ou suicide”, excusez du peu !) dans un champ “psychiatrique” qui n’est pas nécessairement le sien. C’est ainsi que l’INSERM amalgame drogue, alcool, tabac, jeux et suicide.
Plus grave, le jeu deviendrait une spécificité de classe sociale. Vous êtes pauvre et inculte ? Vous serez un joueur invétéré ! Et il est bien entendu que vous formez le plus gros de la clientèle des casinos … (La vie, interview de Lejoyeux, 31 07 2008: le jeu pathologique est souvent associé à « un faible support social et un bas niveau socio-économique »).
Dans cette affaire, comment nos experts expliquent-ils alors qu’une même personne puisse boire de l’alcool à l’excès sans penser à se suicider ? Comment rendre compte du fait qu’une personne désespérée au point de vouloir mourir n’aille pas tous les matins au café du coin acheter son ticket de tiercé ? C’est à croire que la principale question posée est de savoir pourquoi les français ne consomment-ils pas plus de ces jeux finalement. En effet, si alcool, jeux et suicide sont liés, pourquoi ne les rencontrent-on pas plus souvent ensemble chez chacun de nos concitoyens ?
N’oublions pas que l’état français y est très intéressé: des milliards d’euros de recettes. N’oublions que le gouvernement vient d’autoriser l’ouverture des casinos français au secteur des jeux en ligne… Quand nombreux sont ceux qui luttent au Canada pour limiter le simple accès aux machines à sous, la France autorise les casinos à inonder internet de ses jeux en ligne.
Comme pour le tabac et l’alcool, l’état fourni des jeux d’une main et donne une claque aux “joueurs pathologiques” de l’autre main. Vous pouvez jouer, mais pas trop !
Résultat de ce rapport: au lieu d’interdire ces jeux, l’INSERM se mêle d’interdire les joueurs trop remarquables. Serait-ce pour mieux autoriser les autres ? La masse de ces joueurs non alcooliques, non suicidaires qui se limitent à un Keno par jour ? Cela semble être l’avis de Dom.
Quand au suicide. Cela fait déjà assez longtemps que l’alerte a été donnée au Québec. Il a d’ailleurs fallut que Bill Clennett aille en justice pour connaitre le nombre de suicides dans les casinos canadiens.
